Essais nucléaires en Polynésie française : l’Assemblée territoriale demande pardon à sa population

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Le 2 juillet 1966, la France lançait son premier essai nucléaire.

Essais nucléaires en Polynésie française : l’Assemblée territoriale demande pardon à sa population.

Soixante ans après la cession des atolls de Moruroa et de Fangataufa à l’État français, l’Assemblée de Polynésie française a voté, le lundi 6 juillet 2026, une délibération présentant des excuses officielles à sa population pour les conséquences des essais nucléaires menés sur son territoire entre 1966 et 1996.

1964 : la cession des attols sous la pression de Paris

Le 6 février 1964, l‘Assemblée territoriale de Polynésie accepte de céder à la France les attols de Moruroa et de Fangataufa, afin d’y implanter le Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP). Ce choix n’a rien d’une adhésion enthousiaste. Le général de Gaulle, alors Président de la République, avait posé une alternative à l’Assemblée locale : céder les deux atolls ou voir la Polynésie transformée en un territoire stratégique militaire. Jugeant cette seconde option inacceptable, les élus polynésiens de l’époque optent pour la cession.

Deux ans plus tard, le 2 juillet 1966, la France procède à son premier essai nucléaire dans la région, au-dessus du lagon de Moruroa. Baptisée Aldébaran, la bombe dégage une puissance de 28 kilotonnes, soit près du double de celle d’Hiroshima.

Carte représentative de Polynésie française indiquant les attols de Moruroa et de Fangataufa.

Trente ans d’essais , 193 tirs

Entre 1966 et 1996, la France procède à 193 essais nucléaires dans le Pacifique, dont 46 essais atmosphériques réalisés entre 1966 et 1974 sur les atolls de Moruroa et de Fangataufa, chacun projetant un nuage radioactif au-dessus de l’archipel. Portés par les vents, ces retombées finissent par contaminer l’ensemble du territoire polynésien, sans que leurs conséquences réelles ne soient communiquées à la population, afin, selon les autorités de l’époque, de ne pas l’effrayer.

Il faut attendre janvier 1966 pour que Jacques Chirac ordonne la fin des essais et le démantèlement des sites. Un terme aujourd’hui encore contesté par les Polynésiens. Les régulateurs définissent le démantèlement d’un site nucléaire comme un ensemble de procédures visant, sur le long terme, à dépolluer les sols et à revenir plus ou moins à la « situation initiale ». Or, pour de nombreux polynésiens, ça n’a pas été le cas..

Un lourd tribu sanitaire, encore visible aujourd’hui

Les conséquences sur la santé des populations exposées sont aujourd’hui bien documentées : de nombreux cas de cancers de la thyroïde et de l’endomètre ont été diagnostiqués dans les années suivants les premiers essais, certains touchant plusieurs générations d’une même famille. L’exposition aux radiations peut en effet provoquer des mutations génétiques héréditaires, à l’origine de tumeurs cancéreuses.

L’impact ne s’arrête pas à la santé humaine. La militarisation de l’archipel et l’aplatissement des récifs coraliens provoqués par les essais ont favorisé, pendant plusieurs décennies, la prolifération de la ciguatera, une intoxication alimentaire liée à la consommation de poissons prédateurs contaminés par une toxine produite par une microalgue dans les récifs. Une atteinte durable à l’économie locale et aux alimentaires traditionnelles de l’archipel.

Une reconnaissance tardive, des réparations jugées insuffisantes

La reconnaissance officielle par l’État de ses responsabilités a été longue à venir. Pendant des années, les autorités ont sous-estimé à la fois les doses de radioactivité reçues par la population civile lors des six essais les plus polluants, et le nombre de personnes ayant dépassé le seuil d’un millisievert, le minimum requis pour prétendre à une indemnisation. Le chercheur Philippe Renaud confiait ainsi en 2025 au journal Le Monde que les doses reçues par la population civile exposée à certains de ces essais se situeraient autour de ce seuil d’un milisievert, sans qu’il soit possible de distinguer précisément les personnes situées légèrement au-deçà ou au-delà.

Ce n’est qu’en 2006, dix ans après le dernier essai, que l’État reconnaît que ces essais n’étaient pas « propres », sans toutefois exprimer de regrets.

En 2010, sous la Présidence de Nicolas Sarkozy, la loi Morin reconnaît officiellement l’exposition aux radiations des militaires et civils présents lors des essais, et instaure un mécanisme d’indemnisation. Seize ans plus tard, à peine plus de 1030 personnes ont été indemnisés, sur les plus de 110 000 polynésiens potentiellement exposés à l’époque. En cause notamment, la nécessité pour les victimes de prouver leur présence sur place au moment des tirs. Une exigence difficile à satisfaire plusieurs décennies après les faits.

En 2021, Emmanuel Macron reconnaît que la responsabilité de la France tient au fait même d’avoir mené ces essais loin de la métropole, admettant que l’État ne les aurait pas autorisés en France métropolitaine. En 2025, un rapport d’enquête recommande formellement à la France de présenter ses excuses à la Polynésie française.

« Ce pardon, nous le devons aux milliers de Polynésiens frappés en silence »

C’est dans ce contexte que l’Assemblée de Polynésie française a adopté, le 6 juillet 2026, par 44 voix pour sur 57 représentants, une délibération demandant officiellement pardon à sa population. Le texte reconnaît que le territoire n’avait pas véritablement eu le choix, en 1964, de céder les deux atolls, tout en interrogeant de la décision qui serait prise aujourd’hui si la question devait se reposer.

« Nos pères s’ont pas choisi le CEP. Ils ont cédé face au chantage de l’État. […] Ce pardon, nous le devons aux milliers de Polynésiens frappés en silence par les maladies radio induites », a déclaré l’élue non-inscrite Teave Boudouani-Chaumette lors des débats.

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