L’Espagne lance un vaste plan de régularisation des sans-papiers, concernant près de 500 000 personnes
L’Espagne a annoncé ce mardi le lancement d’un vaste plan de régularisation des travailleurs sans-papiers, une mesure qui pourrait concerner près de 500 000 personnes, selon le Premier ministre Pedro Sánchez. Ce plan, présenté comme un « acte de normalisation », vise à soutenir l’économie espagnole en intégrant davantage ces travailleurs, déjà ancrés dans le quotidien des Espagnols.
Dans une lettre adressée aux citoyens et publiée sur son compte X (ex-Twitter), Pedro Sánchez a souligné que la majorité des bénéficiaires de cette régularisation sont issus de l’immigration latino-américaine. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des annonces faites en janvier dernier sur ce sujet.
La procédure de régularisation, approuvée par décret royal, débutera dès cette semaine. Selon la porte-parole du gouvernement socialiste, Elma Saiz, les demandes pourront être déposées en ligne à partir du jeudi 16 avril, puis en présentiel à partir du lundi 20 avril. La période de dépôt des dossiers devrait s’achever le 30 juin.
El Consejo de Ministros aprobará hoy el Real Decreto que da inicio al proceso de regularización extraordinaria de personas en situación irregular en nuestro país.
Un acto de normalización, de reconocer la realidad de casi medio millón de personas que ya forman parte de nuestra… pic.twitter.com/Es9il0KE59
— Pedro Sánchez (@sanchezcastejon) April 14, 2026
Une réforme portée par la population
Cette réforme fait suite à une initiative populaire, soutenue par plus de 600 000 signatures et 900 associations militantes, qui réclamaient la régularisation de tous les migrants vivant en situation irrégulière en Espagne.
Pour être éligibles, les demandeurs devront remplir plusieurs conditions :
- Vivre en Espagne depuis au moins cinq mois au 31 décembre 2025. Pour ce faire, le demandeur devra présenter un certificat de recensement, obtenable en mairie sur présentation d’un contrat de location, d’une facture d’électricité ou tout autre justificatif de domicile.
- Avoir un casier judiciaire vierge.
Pendant l’instruction de leur dossier, les demandeurs bénéficieront d’une suspension des procédures de renvoi ou d’expulsion, ainsi que d’un titre de séjour provisoire d’un an. À l’issue de cette période, ils devront déposer une demande de régularisation ordinaire pour prolonger leur statut.
Faire face au vieillissement de la population et soutenir l’économie nationale
Le gouvernement espagnol justifie cette mesure par la nécessité de recourir à l’immigration pour préparer le pays au vieillissement de sa population et soutenir son économie, présentée comme l’une des plus dynamiques d’Europe. Dans une lettre adressée aux Espagnols sur son compte X, Pedro Sánchez se félicite de cette initiative, soulignant que l’intégration des travailleurs sans-papiers est un levier de croissance.
Pour le Premier ministre, il est essentiel d’intégrer pleinement celles et ceux qui ont déjà trouvé leur place en Espagne, contribuant à l’innovation et participant activement à la vie quotidienne du pays. Cette intégration, selon lui, doit s’accompagner de l’octroi de droits supplémentaires, mais aussi de devoirs identiques à ceux des citoyens espagnols, afin de garantir une égalité de traitement.
Pedro Sánchez reconnaît cependant que l’immigration pose des défis et doit être gérée avec responsabilité. Dans sa lettre, il insiste sur la nécessité de la transformer en « prospérité partagée », en l’intégrant avec justice et équité. Pour rassurer les Espagnols sceptiques, il rappelle que l’Espagne a déjà mené des processus de régularisation d’ampleur similaire, y compris sous des gouvernements de droite. « L’intégration passe par la régularisation », affirme-t-il, martelant que cette mesure s’inscrit dans une tradition espagnole de gestion pragmatique des flux migratoires.
Politiques migratoires européennes : l’Espagne, une exception en Europe ?
Alors que de nombreux gouvernements européens cherchent à restreindre l’immigration, l’Espagne, traditionnellement favorable à une politique d’ouverture, semble faire figure d’exception. Pourtant, cette approche n’est pas isolée : l’Italie, pourtant dirigée par un gouvernement d’extrême droite, a elle aussi recours à l’immigration de travail pour répondre à ses besoins démographiques. Sous l’impulsion de Giorgia Meloni, près de 452 000 titres de séjour auraient été délivrés en 2025, afin de contrer le vieillissement de la population italienne.
L’Espagne, l’Italie et la Grèce forment les trois principales portes d’entrée des migrants dans l’espace Schengen. Selon les chiffres du ministère espagnol de l’Intérieur, 37 000 migrants sont entrés en Espagne en 2025, contre 64 000 en 2024.